Renée Findris - Psychanalyste - Cure Analytique - Psychothérapie Analytique - Psychogénéalogie - Constellations Familiales Systémiques - Ateliers & Formation Grenoble (Isère 38 - Rhône-Alpes, Fr)

Le nom des gens

Film de Michel Leclerc – Avec Sarah Forestier (Baya Benmahmoud), Jacques Gamblin (Arthur Martin)

Ce film, sorti en 2010, dont l’action se situe en 2002, est présenté à l’époque comme une comédie, voire même comme un film comique. Est-ce vraiment le cas ? Il est possible, effectivement, de rester sur cette première lecture et de le trouver simplement divertissant.

Je vous propose de le regarder un peu différemment, à la lumière des manifestations de l’inconscient, personnel, familial et transgénérationnel.

Arthur et Baya nous informent dès les premières images sur le thème abordé : l’identité sous l’angle particulier de ce que génère le fait de porter un nom plutôt qu’un autre : soit se fondre dans la masse (Arthur Martin pour lui) avec un nom porté par des milliers d’autres personnes  (dont un cuisiniste renommé du moment – cela le sort de l’anonymat le temps de la question “Arthur Martin comme ?…”, mais il s’empresse de réfuter son appartenance à cette famille-là) soit se distinguer fièrement (Baya Benmahmoud pour elle) avec un nom que personne d’autre ne porte “je suis la seule en France à porter ce nom-là”, dit-elle fièrement. Nous voyons déjà dans cette affirmation qu’elle est en décalage avec la réalité, car ce nom est avant tout celui de son père et aussi de sa mère par mariage, avant d’être le sien.

Arthur a la quarantaine, c’est un scientifique précis, rigoureux. Il participe à une émission de radio sur le sujet sanitaire qui préoccupait la France, notamment, à l’époque : la grippe aviaire H5N1, virus venu de Hong Kong qui affectait les volatiles, et dont beaucoup s’inquiétaient d’une contamination vers l’homme.

Baya a plus ou moins 25 ans, est standardiste ponctuellement à cette radio. Révoltée par ce qu’elle entend elle intervient en direct et l’interpelle. Nous voyons qu’elle manque de cadre social, d’empathie peut-être un peu aussi – au sens de capacité à donner sa place à l’autre -, qu’elle est à la merci de ses pulsions, lesquelles l’amènent à nier la réalité des risques qu’Arthur essaie d’expliquer. Elle professe de convaincre l’autre de sa vision binaire droite/gauche, de son vécu émotionnel des choses. Le thème de l’immigration qu’elle porte en elle de par sa filiation est abordé une première fois à cette occasion. On comprend qu’elle confond ici “facho” et “parano”.

Rétrospective : à noter qu’à chaque rétrospective nous aurons pour lui l’apparition de son personnage enfant puis adolescent avec lequel il converse lorsqu’il est dans une émotion qu’il n’arrive pas à gérer. Pour elle, nous la verrons évoluer enfant, mais pas dans un dialogue intérieur. Ce qui n’est pas étonnant puisqu’elle exprime tout comme ça lui vient, sans filtre.

Arthur : il regarde sa vie passée en se situant à l’extérieur, les âges sont mélangés, il ne peut imaginer que son père a été jeune, que ses parents aient pu faire l’amour. Pas de curiosité infantile ? Comment s’est passé l’œdipe ? Probable fusion avec la mère, oui, mais pas une mère à séduire, une mère-enfant à ménager, à protéger.

Baya : l’enfance de son père, heureuse et insouciante jusqu’à ses 7 ans dans un village adapté de façon conviviale au contexte de l’Algérie française, se trouve fracassée par la guerre d’Algérie. Il est passionné de dessin, il dessine tout ce qu’il voit y compris l’assassinat de son grand-père et de ses oncles fusillés par des soldats français. Il ne montre jamais ses dessins. C’est son jardin secret, sa singularité . Un jour sa mère les regarde sans qu’il puisse s’y opposer. À partir de ce moment-là, il arrête de dessiner. Que s’est-il passé pour cet enfant ? Premier temps le regard de sa mère sur quelque chose qui est de l’ordre de son intimité ; sa pudeur n’a pas été respectée. Deuxième temps, le regard extérieur posé sur ses dessins encre dans la réalité les scènes qu’il a dessinées, cela amène à un niveau de conscience différent la scène de l’assassinat de sa famille. Il émigre en 1970, il a vingt ans. Sans papier, il n’a pas vraiment de place dans la société française, sa seule raison d’être et d’exister socialement c’est travailler, rendre service.

La mère de Baya est une « babacool » rebelle et militante un rien caricaturale, en révolte (rejet, reniement ?) contre le milieu d’où elle vient. Issue de parents riches, enfance aisée et protégée, elle s’appelle Cécile De Livet, un nom pas trop avouable dans l’air du temps. Culpabilité inconsciente qui pourrait parler d’une faille narcissique, nous amener à penser à un complexe du sauveur qu’elle peut mettre en œuvre concrètement et qui prend tout son sens en épousant cet immigré algérien sans papiers. Il est idéalisé et potentiellement objectisé.

Arthur : sa mère a été recueillie enfant (7 ans, 8 ans ?) par un couple qui a créé un orphelinat quand ses parents sont morts. Déportés ? Le sujet est tabou. On lui demande son nom, de Cohen elle s’appellera désormais Colin. Sur les bancs de la Fac elle rencontre celui qui deviendra son mari. Les études scientifiques permettent de ne pas penser. La peur des nazis s’encre dans la réalité et perdure. Les parents d’Arthur habitent « un bled paumé » pour qu’il ne puissent pas la retrouver. Syndrome post traumatique, sidération, son regard est fixe, elle regarde au loin.

Baya: elle souffre manifestement que son père ait « travaillé comme un dingue pour qu’on ne manque de rien » et du coup il lui a manqué à elle.  Problème de légitimité – de place pour le père ; absence de cadre et de fonction paternelle pour elle, l’ouverture au monde se fait via sa mère, dont elle épouse le militantisme, à sa façon.

Arthur : son père est quelque peu obsessionnel : fermer les portes, éteindre les lumières de la centrale nucléaire dont il a la responsabilité. Il a fait la guerre d’Algérie. Où ? Comment ? De quel côté ? Que s’est-il passé qui l’angoisse tellement ? Refoule-t-il une culpabilité ? Il n’en a jamais parlé – I y a un secret là aussi. Les 2 parents accumulent des objets, des inventions destinées au confort domestique mais qui vont se révéler inutilisables à terme : ils n’auront pas de pérennité, ne seront pas commercialisés. Peur de manquer ? Obsession à se projeter dans le futur pour oublier le passé ? On s’occupe l’esprit avec les inventions, pendant ce temps on met les effets du trauma à distance. On remarque que la mère ne s’anime que quand elle participe à l’utilisation de ces objets, des objets qui parlent d’espoir en l’avenir mais qui n’en auront pas.

Baya : elle se vit comme planquée, trop protégée, ses cours de piano représentent un effort pour cette famille modeste. Au bout de 2 ans de cours, le cadeau du synthétiseur (pour ses 7 ans ? 8 ans ?) est présenté comme gros sacrifice qu’il serait bon qu’elle accueille à sa juste valeur ; révélation, elle ne sait pas jouer, elle a été victime des abus sexuels du professeur en lieu et place des leçons. Absence de réaction de sa part, elle n’a pas parlé pourquoi ? Sans doute la sidération, la culpabilité, l’instinct de protéger les parents… on comprend également que cela a pu être vécu inconsciemment comme si, enfin à elle aussi, il était arrivé quelque chose de grave : par loyauté à l’enfance de son père ? Le sujet est tabou également. Du coup elle se retrouve avec un « problème avec le sexe », elle s’abstient de coucher avec les garçons de peur qu’ils s’en rendent compte, puis opte pour coucher avec tous les garçons pour la même raison. Elle dit avoir eu le choix entre pédophile et pute et qu’elle a choisi pute, après l’analyse simpliste d’une psy lors d’une intervention télévisée suite à l’affaire Dutroux (pédophile belge multirécidiviste dans le milieu des années 90). Il n’est pas question d’imaginer reproduire (le surmoi œdipien est en place), alors elle choisit d’utiliser son « talent ». L’initiation inappropriée à l’excitation sexuelle adulte lorsqu’elle a été abusée l’a amenée à prendre conscience du pouvoir que cela lui donne sur les hommes. Il y a hystérie au sens où la séduction est utilisée comme un moyen de prendre le pouvoir, ici détourné – sublimé ? – au profit de l’idéologie politique (elle couche avec des hommes de droite – les fachos- pour les faire passer à gauche). On voit toute l’immaturité du raisonnement et la loyauté quasi obsessionnelle au combat maternel. Clivage corps/esprit typique de la problématique œdipienne dont elle n’est pas vraiment sortie (en lien avec les abus). Son corps est un objet de désir au service de sa mission politique. Il y a donc objectisation, instrumentalisation et non sublimation.

Aujourd’hui (en 2002) suite à leur rencontre à l’âge adulte après l’émission de radio.

Arthur, sérieux, docte, pense quelle s’intéresse à ce qu’il fait, commence à lui expliquer son métier, mais elle est dans la séduction, elle ne sait pas encore qu’il est de gauche, elle remarque qu’il est troublé par sa semi-nudité, lui propose de faire l’amour. Il esquive, elle s’en va. Le décalage entre lui introverti et elle extravertie est énorme.

Baya : après avoir essayé de stimuler le don artistique de son père, parvient à faire exposer ses œuvres. Les rôles sont inversés, c’est l’enfant qui valorise le parent, qui se charge de le pousser dans le monde. Le père ne s’investit pas et ne comprend pas l’importance que cela a, ni la valeur de ce qu’il fait, ni la valeur de ce qu’elle a fait pour lui. Il est préoccupé par le devoir : travailler, donner satisfaction à son patron, nourrir sa famille, jusqu’à l’épuisement s’il le faut. Complexe d’infériorité ? Complexe de l’imposteur ? En tout cas sacrifice du Moi.

Arthur : essaie également de faire de son mieux avec sa mère, il s’évertue à lui apprendre à faire du vélo espérant la faire parler mais ça ne marche pas. Elle est totalement dépendante de son mari, elle adhère à toutes ses fantaisies, et lui passe son temps à la protéger.

Au 2ème tour des élections de 2002

Arthur : il est dans l’incompréhension que Jospin ne soit pas passé au premier tour. Ils se retrouvent au bureau de vote au 2ème tour, Baya est désespérée d’avoir voté Chirac. On les voit heureux de se rencontrer à nouveau, ils partent pour aller chez elle et elle lui propose de faire l’amour. Elle lui donne le choix entre faire l’amour tout de suite ou faire des courses d’abord, il opte pour les courses, l’heure tardive lui sauve la mise. Pendant les courses, à la caisse elle se retrouve le haut à moitié dénudé sans en avoir vraiment conscience, puis elle est distraite par une rencontre qui la branche sur autre chose qui fait qu’elle le laisse dans le magasin sans plus penser à lui ni pourquoi elle était là. Elle rentre chez elle, prend une douche puis, sur une nouvelle sollicitation urgente sort nue sans même s’en rendre compte pour se rendre à la station de métro proche. Il faut qu’elle croise enfin le regard lubrique d’un homme assis en face d’elle pour qu’elle prenne conscience de sa nudité. Syndrome post traumatique d’où dissociation, dé-corporation, perte de la réalité ; le ça est aux commandes.

Arthur : effaré, il la voit passer devant la supérette où il attendait son retour, il court derrière elle, la récupère au moment où elle ressort du métro après s’être rendu compte qu’elle était nue. Il la ramène chez elle. Pour elle, il semble que l’incident est clos mais lui est encore dans l’expectative, pour le moins. Elle lui propose à nouveau de faire l’amour, mais cette fois-ci il ne fuit pas, il ose exprimer que sa nudité le bloque. S’en suit une scène émouvante où elle lui apporte ses vêtements pour qu’il les lui remette un à un. Le désir naît quand elle est habillée. Son énergie change, elle s’investit dans l’échange, elle est présente. Pour lui c’est une « explosion nucléaire ». Leur relation amoureuse se met en place, elle est rassurée parce qu’il n’est pas de droite, il est conquis par sa spontanéité, son mystère, son étrangeté.

Au réveil, il se rend compte qu’ils sont chez un ami à elle et non chez elle, ami qui l’héberge au gré de ses fantaisies et qui, visiblement, est amoureux d’elle, mais il n’a aucune chance de l’intéresser. Il fait manifestement partie de ceux qu’elle n’a pas réussi à faire basculer à gauche, il est raciste et de plus il a un nom « passe-partout ».

S’ensuivent quelques scènes et évènements qui scandent leur relation, notamment :

– dans le métro où Baya force la porte pour qu’un couple de personnes âgées puissent entrer alors qu’Arthur regarde la scène sans bouger, disant qu’ils prendront le suivant. On voit ici à nouveau le côté instinctif et affectif de ce qui anime Baya, à l’instar de sa mère, alors que lui est dans l’inertie et la résignation, à l’image des ses parents.

Baya se prête à jouer les jeunes épousées lors de mariages blancs que sa mère organise afin que des personnes immigrées puissent obtenir la nationalité française. Au 3ème, Arthur est présent et se retrouve entrepris par la mère de Baya qui tente de l’entrainer dans l’aventure et lui présente sans ambages sa future épouse. Elle ne cesse de parler, a déjà tout organisé. On assiste là à ce qu’on peut appeler une volubilité manipulatrice : en présentant les choses ainsi elle embarque son interlocuteur dans son flot de paroles, dans un tourbillon d’informations, on assiste à une tentative d’emprise, d’autant que ponctuellement elle lui laisse entendre qu’il est libre, qu’elle n’y sera pas pour contrôler, ce qui a pour but de « ferrer son poisson » encore plus sûrement. Heureusement pour lui, il a des « résistances »  suffisantes (cadre intérieur -ce qui se fait, ce qui ne se fait pas- acceptation de la loi) il ne rentre pas dans le jeu, c’est l’occasion d’une discussion où Baya et lui prennent en compte chacun les différences de fonctionnement fondamentales qui existent entre eux. Lors du moment d’intimité qui suit, nous le voyons commencer machinalement à dessiner une étoile de David sur le bas du dos de Baya en reliant ses grains de beauté.

Arthur a pris conscience qu’il a honte de ses parents, il cherche et trouve une excuse pour qu’elle ne vienne pas avec lui lors de la traditionnelle visite dominicale, on sent qu’il craint qu’ils ne comprennent pas sa spontanéité et qu’elle les blesse involontairement. L’enfant adulte protège les parents qui stagnent dans leur évolution sociale. Il rentre plus tôt que prévu parce qu’elle lui manque et la trouve manifestement juste après des ébats avec un « gars du Medef » qu’elle a rencontré et a entrepris de « convertir ». Elle continue de l’entraîner dans des réunions ou des actions politiques, il a quelquefois du mal à cacher sa gène. On le sent pris dans un tourbillon qui lui est étranger.

– La voix intérieure d’Arthur le travaille pour qu’il lui dise enfin qu’il est issu de juifs arméniens ? grecs ? déportés mais il n’y arrive pas.

Baya fait enfin la connaissance de la mère d’Arthur qu’ils accompagnent au service d’état civil afin de refaire ses papiers après une agression où son sac lui a été arraché. C’est une scène majeure autour du thème de l’identité et de la rigueur administrative qui peut fait perdre le contact avec l’humain. Elle n’a pas d’acte de naissance, ni à son nom d’emprunt, ni à son nom de baptême. Baya comprend qu’il est juif mais, alors qu’il est bouleversé par l’incident à la mairie, elle voit le côté joyeux et pusillanime (utopiste) de la chose : « nos familles c’est une partie de l’histoire qui fait l’amour à l’autre » dit-elle avec grandiloquence. Pour lui, les gens qui ne savent pas d’où ils viennent sont des « bâtards ». Il la provoque, tente de minimiser ce qui se passe progressivement au fond de lui, au rythme de sa prise de conscience. Elle le sent s’ouvrir tout doucement et joue finement pour l’aider à sortir de son déni. On sent qu’il chemine lorsqu’il fait le lien avec son métier qui s’intéresse à la « vitalité hybride ».

– Ils s’apprivoisent progressivement et s’influencent l’un l’autre dans la prise en compte de leurs traumatismes familiaux et personnels respectifs. Baya emmène Arthur visiter un mausolée à la mémoire des juifs déportés. Leurs personnalités différentes se montrent là encore (lui en retrait et elle persuadée qu’ils vont trouver ses grands parents maternels). Hélas,il y a un très grand nombre de « Cohen ». Ils arrivent à se rejoindre petit à petit, lui en lâchant un peu ses peurs de blesser ses parents, elle en faisant de gros efforts pour ne pas « gaffer ». La scène du repas où les 4 parents sont réunis lors de l’anniversaire d’Arthur est significative de l’évolution de leur relation (et aussi de la possibilité de trouver un terrain d’entente malgré les différences).

– La santé de la mère d’Arthur décline ; lorsqu’elle est hospitalisée, il essaie à nouveau de la faire parler du fracas de l’arrestation de ses parents, elle livre quelques informations, le taxi, la « triple flèche dans le cœur » mais le spectateur n’a pas accès à la totalité de ce qu’elle a bien voulu dire.

Arthur apprend la mort de sa mère alors qu’il travaille à repêcher un cygne mort d’un étang (moment fort où il est confronté à la réalité de la mort, le cygne inanimé dans ses bras lui fait prendre tout la dimension de cette réalité). Baya est dans une toute autre énergie quand elle le rejoint, c’est trop pour lui, il la met à distance à nouveau. On voit à quel point la puissance de vie exubérante de Baya est étrangère à l’énergie profondément introvertie d’Arthur. C’est incongru, insupportable pour lui. Il va lui falloir du temps pour surmonter le deuil et la culpabilité, car il est persuadé que ce sont ses questions à l’hôpital qui ont provoqué la mort de sa mère. Du coup, il a le regard dans le vide, comme elle. La scène d’une émission de radio qui suit est significative.  Il est en pleine dissociation et tient des propos incohérents.

– De son côté, Baya continue de tenter de « convertir les fachos », elle va jusqu’à porter le voile lorsqu’elle s’attaque à une figure radicale, antisémite, de l’Islam de l’époque. Cette mise en acte, cette autre façon d’utiliser son corps lui donne une identité visible, sans plus qu’elle ait à la revendiquer.  

Arthur visite un élevage de volaille en batterie qui va être détruit parce qu’un cas de grippe aviaire a été détecté. C’en est trop pour lui, il démissionne. Ce qui l’a choqué ? L’image frappante des volailles apeurées et les mots du technicien qui précise comment va se passer la mort de ces bêtes, ce qui amène à faire un parallèle insoutenable entre les personnes entassées dans les camps de déportés et les volatiles en batterie qui vont être détruites par un mécanisme semblable à celui utilisé dans les fours crématoires.

Baya a écrit un livre qui raconte sa mission de vie politique, comment elle a instrumentalisé son corps au profit de son idéologie. Elle obtient un certain succès, se prête à des séances de signature en librairie.

. Arthur reprend contact avec elle à ce moment-là et ils ne vont plus se quitter. Il lui livre ce que sa mère lui a dit à l’hôpital. Nous apprenons que c’est arrivé le jour où elle mangeait de la crème Chantilly pour la première fois. Nous comprenons que le traumatisme de la mère s’est cristallisé sur ce souvenir avec toute la culpabilité d’avoir été heureuse au moment où le drame, l’arrestation de ses parents, s’est produit. Nous remarquons également toute la puissance de la transmission inconsciente qui renvoie à la scène où, adolescent, Arthur est intervenu en parlant de « la première fois où ils ont mangé de la crème Chantilly », lors d’un moment de recueillement avec la professeure d’histoire devant une plaque à la mémoire des enfants déportés.

Le choix du prénom de leur enfant signe le parcours qu’ils ont fait l’un vers l’autre et leur acceptation réciproque d’être étrange pour l’autre, d’être inévitablement l’étranger de quelqu’un, quel que soit le nom, de baptême, d’emprunt ou par mariage, que l’on porte.



crédits| Espace privé| psychologie| annuaire.yagoort.org| Conception Label Indigo